Un confrère parisien me parlait récemment de Me Georges Kiejman, décédé en 2023, qu'il avait rencontré comme adversaire.
Je ne l'avais pas oublié, me rappelant de quelques passages télé d'où transparaissait une certaine autorité.
J'ai voulu mieux le connaître et ai débord écouté les cinq podcasts sous forme d'interview diffusés par Radio France.
Il y relate sa vie, encore bien mieux exposée dans son livre, écrit avec la journaliste Vanessa Schneider.
Ce livre, qui n'est pas une autobiographie mais s'y rapproche, est passionnant, magnifiquement construit et bien rédigé.
Sa vie a mal commencé : ses parents, juifs émigrés de Pologne, arrivent en France. Il naît à Paris en 1932. Ses parents se séparent très vite. Il vit d'abord avec sa mère, illettrée et pauvre, puis, parfois, avec son père. Alors qu'il est retourné chez sa mère, son père et sa soeur sont arrêtés et déportés à Auschwitz. Son père y meurt, gazé.
Il cumulera les petits boulots pour survivre avec sa mère puis, enfin, et n'est-ce pas mérité après tant de souffrances, la chance lui sourit par les bonnes rencontres.
Ses bonnes rencontres et son travail feront de lui l'un des meilleurs avocats de Paris. Lui, dont la mère était illettrée, deviendra, notamment, l'avocat d'artistes célèbres, d'écrivains et de la maison Gallimard. On ne peut s'empêcher de penser à Me Maurice Garçon, qui, certes, n'a pas eu le même parcours, mais le même style de clients, Garçon qui fut aussi pour Kiejman un modèle ...
Plusieurs parties de ce livre sont émouvantes : lorsque, au début, il parle de sa vieillesse et que, à la fin, il nous dit, et je vous laisse le découvrir, ce qui fut le plus important de toute sa vie.
Nous y découvrons un panel de personnages qu'il a cotoyés et parfois défendus : Simone Signoret, Yves Montand, François Mitterand, Lucie et Raymond Aubrac, Mohamed Al-Fayed, Liliane Bettencourt, etc.
Il nous parle de sa famille, de ses procès.
Il nous fait des confidences, toujours dans la dignité.
Et sur certaines personnes, sur lesquelles j'avais des idées personnelles, il me fait douter de la justesse de mes avis.
Comme moi, mes confrères se régaleront en lisant ce livre.
Henri Laquay.
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